C'est le secteur où j'ai commencé à Air France. Je ne pourrais pas imaginer ce que le Fret aérien allait devenir, mais les gens à l'heure actuelle ne peuvent pas imaginer non plus ce qui était le fret il y a cinquante ans.

Dans les années 50, au Portugal au moins, très peu de marchandises étaient transportées par voie aérienne. Au départ de Lisbonne vers Paris il n'y avait que des films (Kodak recevait les films de ses clients, les groupait et les envoyait à Paris pour développer), du courrier diplomatique (surtout des Ambassades de France et des États-Unis), des langoustes (avec un tarif spécial, moins cher bien sûr, car la langouste était encore un produit de mer démocratique), des journaux et… c'était à peu près tout. À l'import, le trafic était beaucoup plus important mais rien de très spécial.


 

Sur la carte postale de gauche (1962) on lit «Air France transporte tout, partout». Sur l'autre (1989) aucun slogan mais les images parlent par elles-mêmes. Dans le ciel, un  cargo B 747 (l'avion le plus gros et entièrement consacré au fret) et au sol, déjà une idée de tout ce qu'on pouvait transporter par avion : des tableaux, des appareils électroménagers, des animaux de grande taille, des pianos, des fleurs…


Dans les années cinquante j'étais seul au fret et je n'avais même pas la possibilité de prendre des congés annuels. Jusqu'au jour où M Alfredo Holtreman Roquete des Services commerciaux a décidé que ça ne pouvait pas continuer. Il a appris pendant quelque temps ce que je faisais et m'a remplacé lui-même pendant une quinzaine de jours. Par la suite on a trouvé un compromis avec l'Agent en douane qui me remplaçait chaque fois que j'étais absent. M Roquete était un bon ami hélas déjà disparu. Certains dimanches il m'amenait avec ses deux fils voir des spectacles sportifs. Un de ces «garçons» est aujourd'hui un brillant cardiologue portugais.


 

Avec l'Agent en douane M Fernando Martins (à gauche), sous un avion, pointant le fret à l'arrivée -  Mars 1959 (un mois avant de partir sous les drapeaux).


Entre-temps Air France a décidé, par mesure d'économie, de donner à la TAP l'assistance dans tous les domaines à l'exception de la Mécanique, des Opérations et de la Supervision. On ferme le Fret.

Quelques années plus tard, le fret devenant de plus en plus important, on réouvre  un bureau à l'aéroport, spécialisant aussi un démarcheur. C'est ainsi qu'on a vu défiler à l'aéroport : MM Eugénio qui venait de la Ville et est parti ensuite à Porto, Gouveia qui était démarcheur et est devenu Responsable fret, Domingues démarcheur fret et Jácomo l'homme aux sept instruments.


Tout ce qui concerne l'aviation étant en perpétuelle évolution, le service de fret a été fermé à nouveau dans les années 90 et ses fonctions ont été transférées à Capitol – un GSA (General Sales Agent).


Pendant toutes ces années j'ai vu transporter en fret tout ce qu'on peut imaginer. Des pièces de musée, du poisson, des bouchons de liège, des marrons, des chevaux, des voitures, des escargots, des billets de banque, des médicaments, des meubles, des journaux et magasines, des cercueils, des montres, des briquets, des lunettes, des poussins, des fleurs, du matériel informatique, etc, etc… J'ai traité un jour un B 707 cargo à destination du Golfe. Transportait du matériel de tout genre pour le bâtiment. Même du sable... à destination d'un pays du désert !


Je me souviens avec nostalgie de mes débuts au Fret et j'admire ceux qui m'ont suivis !