28 décembre 2006
LE PREMIER DÉTOURNEMENT…
Après des recherches plus approfondies dans l’Internet, j’ai découvert qu’il y a eu au moins cinq actes terroristes, avant le détournement de l’avion de la TAP du 10 Novembre 1961.
En voici la liste :
- 1930 et 1931 – trois vols intérieurs détournés au Pérou (révolution) ;
- 16 Juin 1948 – détournement de l’hydravion Miss Macao de Cathay Pacific entre Macao et Hong Kong. Un seul survivant, justement l’auteur du détournement, Wong-yu-
Man ;
- 24 Juillet 1961 – détournement vers La Havane d’un Lockheed Electra de Eastern Air Lines qui faisait Miami – Tampa.
Ainsi, j’essaye de contribuer pour que l’Histoire de l’Aviation soit le plus exacte possible…
LE PREMIER DÉTOURNEMENT D’UN AVION COMMERCIAL
Hermínio da Palma Inácio a été un des hommes qui a provoqué plus de cauchemars au dictateur portugais Salazar. Bien que rongé par des maladies et par des séquelles des prisons politiques, il sourit encore aujourd’hui et ses yeux brillent, quand il se souvient de ses aventures.
- Le 10 Novembre 1961, un vendredi, un Super- Constellation de la TAP a décollé de l’aéroport de
Casablanca. Il était 09h15. Le commandant José Marcelino a fait monter l’avion et a mis le cap sur Lisbonne. Les passagers pouvaient désormais détacher les ceintures et fumer. Il faisait beau. On s’attendait à un voyage calme d’environ une heure et demi. L’équipage ne pouvait pas savoir que, parmi les dix-huit passagers, il y avait six guérilleros commandés par Palma Inácio.
- Après trente minutes de vol, Palma Inácio est entré de surprise dans le cockpit et a dirigé son revolver vers la tête du commandant : «Ceci est une action révolutionnaire. Je ne veux pas faire du mal à personne !».
Pour la première fois, dans l’histoire de l’aviation commerciale, un avion était détourné, en plein vol.
- Le plan des pirates de l’air était risqué : suivre la route normale vers Lisbonne, simuler un atterrissage, faire une remise de gaz et survoler Lisbonne, la banlieue sud, Setubal, Beja et Faro, pour lancer 100 000 tracts, appelant à la révolte populaire contre la dictature. Puis, continuation sur Tanger où ils demanderaient l'asile politique.
- Le copilote, le mécanicien-chef et le mécanicien de vol n’ont pas dit un mot. Le commandant Marcelino, menacé par l’arme, a essayé de convaincre le guérilléro de désister de l’opération. Lui a dit
que l’avion n’avait pas assez de carburant pour rentrer à Tanger. Mais Palma Inácio, qui était mécanicien d’avion et qui avait même une licence de pilote, obtenue aux États-Unis, a demandé le carnet de l’avion et a vérifié que l’avion avait fait les pleins complets à Casablanca.
- Le commandant a essayé alors de trouver une autre chose : «Comment vous allez lancer vos tracts ? Je ne peux pas ouvrir les portes de l’avion !». Palma Inácio lui a répondu: «Vous pouvez! Il suffira de voler le plus bas possible, dépressuriser la cabine et ouvrir les issues d’émergence.».
- Derrière, dans la cabine, encore plus facile. Les autres cinq révolutionnaires n’ont pas eu besoin de lever la voix ni de montrer les armes. Le steward et les deux hôtesses, après avoir distribué des boissons aux passagers, ont même participé, plus tard, au “moment historique”, aidant au lancement des tracts.
- L’approche de Lisbonne s’est fait comme prévu par les pirates. Autorisation pour l’atterrissage et, au dernier moment, remise de gaz et éloignement de l’aéroport. José Marcelino a communiqué avec la tour, expliquant difficilement “qu’on l’obligeait à survoler Lisbonne et le Sud, à basse altitude”. Un général des Forces Aériennes Portugaises, qui pilotait un monomoteur dans les parages, a tout compris et a donné l’alerte. Quelques minutes après, deux F-84 décollaient d’une base militaire, avec des instructions pour abattre l’avion, au cas où le pilote n’accepterait pas de se poser sur un aérodrome portugais. Heureusement, ils n’ont pas repéré l’avion de la TAP... Ou ils n’ont pas voulu obéir!
- Le commandant Marcelino a maintenu l’avion à 100 mètres d’altitude, échappant aux radars et aux F-84, tandis que les tracts étaient lancés sur le territoire, à commencer par le centre de la capitale portugaise. Mission accomplie, cap sur Tanger où il atterrit à 12h50. Premières pages dans des journaux de tout le monde et Salazar en rage. Finalement, c’est ce que les révolutionnaires voulaient justement…
- L’avion est rentré au Portugal, après vérification qu’il n’y avait pas d’explosifs à bord. La police politique portugaise était persuadée que le commandant était complice des pirates de l’air, car il avait changé d’avion en dernière minute, pilotant l’avion pour Casablanca au lieu de celui à destination de Porto. Mais la raison avait été une autre : il voulait faire le même vol que l’hôtesse Luísa Infante, sa future épouse. Mariage qui dure jusqu’à nos jours. Résultat : interdiction de voler pendant un mois et plusieurs interrogatoires, pendant lesquels il n’a jamais dévoilé la vraie raison du changement de vol.
- Toute l’opération avait été planifiée par le capitaine Henrique Galvão (voir photo), le même qui a pris en otage le paquebot “Santa Maria”. Elle devrait être suivie d’un soulèvement militaire qui n’a pas eu lieu.
- Malgré les pressions diplomatiques du régime fasciste portugais, les guérilleros ont pu se réfugier ensuite au Brésil. Le commandant Marcelino a continué à piloter des avions jusqu’à l’âge de sa retraite, a atteint 25 000 heures de vol et a collaboré avec la TAP, pour des affaires techniques, jusqu'à l’âge de 80 ans.
- L’issue heureuse de ce détournement a été due, en grande partie, à l’habilité et expérience de celui qui avait été un des principaux pilotes de chasse des années 30 et 40, un vrai as de l’aviation – le Commandant Marcelino.
- Vieux temps où, même dans un détournement d’avion, on pouvait découvrir des aspects romantiques, aventuriers et humains…
Malheureusement, la suite n’a pas été fameuse et a atteint même des dimensions épouvantables, comme le 11 Septembre à New York….
(Traduction-adaptation d’un reportage du journal Correio da Manhã du 09.11.2006 et d’un article d’une nièce du commandant Marcelino, publié dans son blog, par Gabriel de Sousa)
17 décembre 2006
1959 – L’ANNÉE DE MON DÉPART AU SERVICE MILITAIRE
Le 15 Janvier 1959, j’annonçais à Air France que je partirais au service militaire de 15 Mars ; le 7
Mars, par communication interne, AF m’informait que «mon service militaire effectué, j’aurais la possibilité de solliciter le réengagement à la compagnie» ; le 19 Septembre 1960, je prévenais AF de la fin de mon service militaire le 30 ; Air France, de son côté, me disait, le 23 Septembre, que «ma situation serait identique à ce qu’elle était le 07.03.59».
En fin de comptes, c’était un retour provisoire, car je serais rappelé plusieurs fois à cause de la Guerre en Angola. Resté (heureusement) toujours à Lisbonne, j’ai pu travailler en part-time, faisant un peu de tout - y compris le « démarchage fret » auprès des transitaires de la capitale portugaise. Je suis resté, au total, environ trois ans sous les drapeaux.
Voyons maintenant, ensemble, ce qui s’est passé de remarquable dans le Monde, en général, et dans l’Aviation, en particulier, pendant cette lointaine année de 1959.
DANS LE MONDE :
- Multiplication des arrestations, sous prétexte de subversion, dans les colonies portugaises.
Arrestation du leader du MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l'Angola) Agostinho Neto et du père Pinto de Andrade.
- L'Alaska devient le 49e état des États-Unis et Hawaii le 50e.
- La victoire des forces rebelles menées par Fidel Castro est acquise à Cuba, alors que le dictateur Fulgencio Batista se réfugie en République Dominicaine. Les forces révolutionnaires entrent à la Havane. Les États-Unis reconnaissent le gouvernement de Fidel Castro. Proclamée la réforme agraire, elle interdit la grande propriété et aux étrangers de posséder des terres à Cuba, ce qui nuit aux intérêts nord-américains, notamment aux grandes compagnies qui exploitent la canne à sucre.
- Les premiers soldats américains meurent au combat au Viêt Nam.
- Baisse de 9% des prix du pétrole, entraînant une baisse des revenus pétroliers dans les états
producteurs.
- Création de l'organisation séparatiste basque ETA (Euzkadi ta Azkatusana, Pays Basque et Liberté), qui bénéficiera d’un soutient du clergé espagnol.
- Annonce de la politique d'autodétermination en Algérie par le général de Gaulle.
- Naissances : John McEnroe, joueur de tennis américain ; Victoria Abril, actrice espagnole ; Suzanne Vega, compositrice et auteur-compositeur-interprète des États-Unis ; Magic Johnson, champion de basket-ball américain ; Sarah Ferguson, Duchesse d'York ; Bryan Adams, chanteur canadien, et Harlem Désir, homme politique français, ancien président de SOS Racisme.
- Décès : Cecil B. De Mille, cinéaste américain ; Lou Costello, comédien américain ; Sidney Bechet, musicien de jazz américain ; Boris Vian, écrivain et musicien français ; Errol Flynn, acteur américain ; Heitor Villa-Lobos, compositeur brésilien, et Gérard Philipe, acteur français.
DANS L’AVIATION :
- Vol inaugural du prototype de l’hélicoptère Alouette III, avec Jean Boulet aux
commandes. Conçu pour emporter sept personnes, il est propulsé par une turbine Turboméca Artouste III. La photo est de 2005. (Février)
- Publication des conclusions de l’enquête menée par les autorités allemandes, sur l’accident qui a coûté la vie à plusieurs membres de l’équipe de Manchester United. La présence de glace sur les ailes est une des causes principales du décollage manqué. Pourtant, selon le commandant de bord, qui a survécu au drame, cette glace s’était formée après l’accident. (Mars)
- Le FAA a accordé le certificat de navigabilité à la Caravelle. La certification française avait été accordée six jours avant. Entretemps, Varig a commandé plusieurs exemplaires de cet avion pour la ligne Rio – New York. (Avril)
- Vol plané d’une Caravelle entre Paris et Dijon. Décollage avec un seul réacteur. À son bord des journalistes et des représentants d’Air France. Puis, second réacteur mis en route à 13 200 mètres, au-dessus de Paris. Les réacteurs ont été ensuite réduits à fond afin de ne plus donner aucune poussée. Comme un planeur, l’appareil a entamé la descente vers Dijon. 265 km en 46 minutes sans réacteurs ! (Avril)
- La compagnie Aerolineas Argentinas a inauguré, avec un de Havilland Comet 4, le premier service de passagers en « appareil commercial à réaction», entre la Grande-Bretagne et l’Amérique du Sud. (Mai)
- La flotte d’Air France comprenait 133 appareils, dont 60 DC3 et DC4. La Compagnie a commandé vingt Caravelle et dix-sept Boeing 707-320. (Juin)
- À l’occasion du XXIII Salon international de l’aéronautique du Bourget, le Mirage IV a fait
sensation. Le tout nouveau bombardier de Dassault, piloté par Roland Glavany, chef pilote d’essai de la société, pèse 30 tonnes et est équipé de deux réacteurs Atar 9 qui développent chacun six tonnes de poussée. Ce biplace de bombardement stratégique va former l’ossature de la force de dissuasion française voulue par le Général de Gaulle. (Juin)
- Jacqueline Auriol, sur Mirage III, a atteint la vitesse de Mach 2, une performance qu’aucune aviatrice n’avait auparavant pu réaliser. (Août)
- Zimbo, un éléphant bébé offert par le chef du gouvernement congolais l’abbé Fulbert Youlou, au président américain Eisenhower, a voyagé de Brazzaville à Paris à bord d’un Constellation d’Air France. (Septembre)
- À bord d’un Super Mystère B-2, le pilote d’essai Daniel Restel a reçu un choc: il n’entendait plus le bruit des moteurs. La solution la plus facile serait d’utiliser
son siège éjectable, mais il n’a pas perdu son sang froid. Survolant Libourne, il savait qu’il provoquerait un carnage dans la ville s’il abandonnait ainsi son appareil. Un seul espoir : l’hippodrome. Train rentré, il tente d’y atterrir. Il heurte brutalement le sol et percute en bout de course une barrière en ciment. Il s’extrait en vitesse de l’appareil déclarant calmement : «Ce sont des risques du métier !».
(Septembre)
- André Turcat, pilotant le Nord – 1500 Griffon II et volant à une altitude de 15 000 mètres, a atteint la vitesse de Mach 2,19 soit 2 330 km/h. (Octobre)
- Après un vol direct de Seattle à Paris, arrivée du premier des dix-sept Boeing 707-320 commandés par Air France, piloté par J. Courtade. Baptisé Château de Versailles. (Novembre)
- Le nouveau porte-avions de la Marine nationale française, le Clémenceau, a entamé une campagne d’essais en mer. (Novembre)


